LES ORGANISTES CÉLÈBRES

La galerie de portraits des plus célèbres organistes qui ont fait l'histoire
de cet instrument :

eglise Saint-Martin de Rennes
François Couperin (1668-1733)
Le premier des organistes à « inaugurer » le Clicquot de la chapelle en ce début du XVIIIème siècle est François Couperin dit le Grand. Pourquoi le Grand ? Sans doute pour avoir été le musicien attitré du roi Louis XIV et l’avoir diverti avec ses concerts royaux, sans doute aussi parce que reconnu à son époque comme l’un des virtuoses du clavecin. Issu, d’une illustre famille de musiciens –les Couperin tiendront les Grandes Orgues de saint-Gervais à Paris pendant deux siècles, le dernier représentant de la famille, Gervais-François (1759-1826) ouvrant la voie au début du XIXème siècle à la période romantique ! Comme Bach, François Couperin est encore très jeune lorsque son père meurt (il n’a que 11 ans) et comme Bach, c’est la famille qui prend le relais du père pour la formation du jeune musicien. Il a composé pour l’orgue deux messes qui sont pour l’organiste liturgique des plus précieuses lorsqu’il s’agit de jouer un court morceau d’entrée, d’offertoire ou bien de communion. Son sens de la mélodie est particulièrement remarquable dans ces pièces pour jeu-solo de tierce en taille ou de cromorne. L’autre très grand organiste de la chapelle à cette époque n’est autre que Louis Marchand (1669-1732) dit aussi le «Grand ». Marchand et Couperin se disputaient la première place, même s’il faut bien reconnaître, la supériorité du jeu du premier. Buterne et Garnier assuraient les deux autres « quartiers » de l’année.

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Louis-Claude Daquin (1694-1772)
Louis-Claude Daquin fut organiste en titre de l’orgue de la chapelle en 1739. L’ont précédé : Landrin, Daguincourt en 1714 (1684-1758), Dandrieu en 1721 (1682-1738), Calvière en 1738 (1695-1755). Dandrieu comme Daquin ont notamment composé spécialement pour l’orgue du Palais de Versailles de très beaux Noëls pour les offices religieux. On ne connaît de Daquin qu’un livre de clavecin et le livre de Noëls pour l’orgue. Assez cependant pour lui assurer une notoriété populaire toujours très vivace. Armand Louis Couperin puis Nicolas Séjan (1745-1819) furent les derniers organistes de la chapelle de ce XVIIIème siècle.



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Charles-Marie Widor (1845-1937)
Il faut attendre la deuxième moitié du XIX siècle pour retrouver une lignée d’organistes célèbres à la chapelle. L’histoire de France ayant imposée une parenthèse de quasi silence à la chapelle de Versailles. Citons néanmoins François Benoist (1794-1878) qui assura la tribune de l’orgue de la chapelle. Charles-Marie Widor (1845-1937), l’organiste-expert des travaux de Cavaillé-Coll sur l’orgue de la chapelle de Versailles, est moins connu du grand public que Franck ou bien Saint-Saëns. Pourtant, bon nombre de futurs époux ont entendu, en entrant dans l’église, sa célèbre toccata, qui fait partie des dix pièces d’orgue de ce style, les plus jouées au monde par les grands organistes. Du reste, depuis quelques années, les élèves d’orgue de conservatoire redécouvrent cet organiste-compositeur qui nous a laissé dix symphonies pour orgue, genre qu’il a particulièrement développé pour cet instrument. Homme solennel et très simple, secrétaire perpétuel de l’Institut, Widor se lançait très souvent au cours de ses heures de cours, devant ses élèves, dans des développements historiques ou philosophiques. Le père Legrand, à l’époque jeune militaire, se souvient du petit salon derrière l’orgue de Saint-Sulpice, où Widor, le Maître, se laissait volontiers guider par le cérémonial que n’auraient pas renié les organistes du roi. Un “ valet ” de clavier, serviteur de l’église, lui chaussait ses souliers de pédalier, ouvrait la console, enlevait les protèges-claviers. Le Maître pouvait alors s’exécuter…La scène se passe en 1933.

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Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Le deuxième musicien célèbre, qui, avec Widor, avait participé à l’inauguration de l’orgue de la chapelle du Palais en 1873, est Camille Saint-Saëns (1835-1921). Son œuvre musicale est peu connue et pourtant richement dotée de pièces orchestrales, de piano et d’orgue. Citons également, dans l’environnement musical de Franck, Widor et Saint-Saëns, Gabriel Fauré (1845-1924), qui a notamment été titulaire de l’orgue de l’église Saint-Sauveur de Rennes. Lui aussi a joué sur l’orgue Cavaillé-Coll de la chapelle. Elève de Saint-Saëns, il a marqué l’espace musical de cette époque par son œuvre pour piano, ses partitions vocales et sa musique religieuse, au premier rang de laquelle il faut citer son fameux requiem qui, avec celui de Maurice Durufflé (1902-1986), constitue les pages parmi les plus accomplies pour la messe des morts, écrites depuis Mozart. Enfin, comment passer sous silence les Alexandre Guilmant (1837-1911), Eugène Gigout (1844-1925), Louis Vierne (1870-1937) ou bien Charles Tournemire (1870-1939), qui forment la richesse de l’école d’orgue française de cette époque, celle qui donnera un nouvel élan à la musique religieuse.

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César Franck (1822-1890)
Le plus illustre des compositeurs-organistes à avoir joué sur l’instrument de Saint-Martin est César Franck (1822-1890). Si ce compositeur a beaucoup écrit, dans la première partie de sa vie, pour le piano et les ensembles d’orchestre de chambre (pour le plus grand plaisir de Liszt qui le jouait beaucoup), il s’est révélé, dans sa création musicale pour orgue, comme particulièrement novateur, et ceci n’a été rendu possible que par le génie du facteur d’orgue Cavaillé-Coll .Tout aussi profondément religieux que Bach, C. Franck va s’employer à réécrire de la musique d’église “ pour la plus grande gloire de Dieu ” et pour l’invitation à la prière des fidèles, en faisant oublier la musique pompeuse, inutilement chargée de sentimentalisme et de vague à l’âme, que les romantiques du début du XIXe siècle avaient cru de bon goût d’introduire dans l’art musical religieux. Il a composé, en volume, un nombre limité de pièces pour orgue ; mais n’aurait-il composé que ses célèbres chorals, prières ou bien encore son prélude-fugue et variation (dédié à son ami Saint-Saëns) qu’il aurait mérité cependant d’être sur le livre d’orgue de la musique religieuse de ces trois derniers siècles. César Franck est venu régulièrement chaque année, entre 1874 et 1886, tenir l’orgue de la chapelle dans le cadre de concerts appelés “ Salut en musique ”, le plus souvent organisés pour des œuvres charitables.

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Monseigneur Yves Legrand (1910-2007)
Prêtre avant tout, organiste titulaire des grandes orgues de la cathédrale de Rennes dès 1953, il est fait chanoine en 1968, prélat de sa Sainteté en 1968, Désintéressé, du plus doué au plus humble, l’abbé Yves Legrand a formé des centaines d’élèves aux techniques d’orgue. Il a contribué très largement à créer et à développer l’ANFOL, l’association nationale de formation des organistes liturgiques. Certains de ces élèves sont aujourd’hui des organistes-concertistes célèbres, beaucoup grâce à lui tiennent l’orgue régulièrement avec talent dans les paroisses d’Ille & Vilaine et de Bretagne. Pour cet homme dont la vocation première était d’être prêtre de banlieue ouvrière, l’essentiel consistait à démocratiser l’orgue et la musique en permettant à beaucoup d’élèves d’y être formés et bien formés. C’est ainsi que sont nés les premiers stages d’orgue en Ille & Vilaine. En dotant les communes et les paroisses de très belles orgues, il a hissé l’Ille & Vilaine au troisième rang après Paris et l’Alsace, pour le patrimoine organistique. L’abbé Legrand a été quatre ans titulaire de notre instrument lorsqu’il était au petit séminaire de Châteaugiron. Par deux fois, en en 1936 avec le chanoine Inry, puis en 1974 avec l’abbé Garel, il prend en main la destinée de l’instrument « royal ». En 2003, il nous faisait l’amitié d’enregistrer avec la chorale « Saint-Martin des Chants » et les organistes de notre église, un très beau CD de pièces de musique qui permettent de remonter le temps de l’histoire de l’orgue. Il a notamment, pour nous, improvisé sur des thèmes de Noëls des pages d’orgue magnifiques.