LES FACTEURS D'ORGUE

Les facteurs d’orgues qui ont façonné à la chapelle de Versailles cet instrument :

eglise Saint-Martin de Rennes
Les Clicquot (18ième siècle) : Robert, Louis-Alexandre et François-Henri.
Les Clicquot, à l’instar de Bach pour la composition, vont réaliser la synthèse des petites et grandes inventions qui jalonnent l’histoire de l’orgue jusqu’à eux. « Pour traduire leurs grands jeux, leurs récits, leurs dialogues, les organistes ont besoin d’un instrument dont les possibilités et les qualités soient dans une large mesure équivalentes à ce que proposent J-B. Lully ou M-R. Delalande avec leurs orchestres de leurs sinfonies ». Les orgues Clicquot développent, en conséquence, une richesse sonore, apte à satisfaire les organistes du Roi. Chaque clavier de l’orgue Clicquot a sa propre existence, avec jeux de fond, pleins jeux et jeux de cornets ou d’anches. Les Clicquot maîtrisent parfaitement la technique des sommiers à registre qui assurent une rectitude dans l’arrivée et la coupure de l’air au niveau des tuyaux. L’intérieur de leurs orgues, avec leurs sommiers à gravure alternée, dans des espaces souvent réduits, ressemble à « un jardin à la française ». Nous disposons à Saint-Martin de l’exacte empiètement des sommiers, donnée essentielle si l’on veut bien se souvenir de cette phrase du citoyen Bêche sauvant notre orgue de la révolution disant à propos de l‘agencement intérieur de l’instrument de la chapelle (1795): « Ce bel ouvrage est à juste titre regardé comme un chef-d’œuvre, non seulement par la beauté de ses effets, mais encore relativement à la distribution intérieure, pour laquelle l’artiste a été extrêmement gêné, à cause du peu d’espace qu’il aurait à sa disposition ».

eglise Saint-Martin de Rennes
Cavaillé-Coll (1811-1899), le facteur d'orgue des sonorités romantiques.
Comme les Clicquot, les Cavaillé-Coll sont, d’abord et avant tout, une grande famille de facteurs d’orgue. La dynastie démarre aux environs du début du XVIIIe siècle avec Joseph Cavaillé (1700-1767), et se termine avec Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899). Aristide Cavaillé-Coll, originaire de Montpellier, s’installe à partir de 1833 à Paris pour y construire les plus grands instruments romantiques de la capitale. A la différence des Clicquot, A.Cavaillé-Coll va enrichir la facture d’orgues de process et de sonorités tout à fait inédites au XIXe siècle. Il invente l’utilisation de pressions différentes d’air entre les claviers, entre les jeux. Il développe et généralise l’utilisation de la boite expressive (qui permet de moduler l’intensité sonore de tel ou tel clavier) et de la machine Barker du nom de son inventeur (qui permet un toucher beaucoup plus souple et facile des notes du clavier). C’est surtout l’enrichissement de la palette sonore qui distingue les orgues de Cavaillé-Coll : apparition de tuyaux de 32 pieds ouvert (soit une hauteur de 32 fois 32,32 cm !), introduction des jeux harmoniques de flûtes et anches.

Beethoven (1770-1827) avait définitivement balisé le paysage musical du XIXe siècle. Marqué par ce courant musical, Cavaillé-Coll s’appliquera à mettre à la disposition des organistes compositeurs, des instruments susceptibles de restituer l’atmosphère sonore symphonique et romantique dont l’époque s’enivrait. C’est ainsi que les Franck (1822-1890), Widor (1845-1937) ou Vierne (1870-1937) purent tout à loisir composer des pièces d’orgue qui tranchaient avec le 18ième siècle par leur richesse et puissance sonores aussi bien que par leur style moins normé en apparence et plus libre. C’est aussi à cette époque que l’instrument-orgue se détache de sa fonction liturgique qu’il avait adopté au début du deuxième millénaire, pour devenir un objet de musique en soi. On doit à Cavaillé-Coll les grandes orgues de Notre Dame, de Saint-Sulpice ou bien encore de La Madeleine à Paris, mais aussi ceux de Saint-Denis, Rouen ou plus près en Ille-et-Vilaine celui de Saint-Servan, soit au total plus de 500 instruments. L’orgue de Saint-Martin de Rennes, signé Cavaillé-Coll, n’appartient pas, on l’aura compris compte-tenu de son parcours historique, à l’école romantique historique. Néanmoins, il comprend du célèbre facteur 500 tuyaux (sur les 1500 que compte aujourd’hui l’orgue de Saint-Martin de Rennes), dont la très belle flûte harmonique, la console par laquelle l’instrument est arrivé en Ille-et-Vilaine, l’armature générale de l’orgue qui comme tous les orgues Cavaillé-Coll est solide et faite pour durer des siècles, la boite expressive qui renferme les jeux du clavier de récit et les jeux d’anches à la pédale.

Cavaillé-Coll meurt en 1899, et avec lui sans doute, beaucoup du romantisme de la facture d’orgue du XIXe siècle. Cent ans plus tard, presque jour pour jour (il est décédé le 13 octobre 1899), nous lui dédions la restauration de l’un de ses orgues.